Adieu Vilar ! Ciao Malraux !
[mardi 09 décembre 2008 - 09:00]
Spectacle vivant
Un directeur de théâtre
Jean-Marie Hordé
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
Pour Hordé, le spectacle à présenter réunit des "moi" plus que des "nous" et doit laisser dans ces individualités un "dépôt". "L’objet-monde de la représentation a donc cet aspect singulier d’être une existence aussi nécessaire qu’invisible aux yeux aveuglés du communiquant-consommateur. Ce qui se dépose a d’abord la fragilité et la fugacité de la sensation, avant de durcir dans la mémoire sensible pour atteindre la solidité de l’objet impérissable."
Il y a donc là de quoi débattre houleusement. Mais Hordé, qui pense qu’au théâtre, on aime à distance, croise le fer de la même manière. Sans attaquer frontalement. Il ne se permet qu’un chapitre polémique où il démonte ou tente de démonter, argument après argument, la critique faite au théâtre de la Bastille d’avoir présenté
Les Ordures, la Ville et la Mort de Fassbinder mis en scène par Pierre Meunier en 2003 : dans
Le Monde, Brigitte Salino voyait la pièce comme un discours ouvertement antisémite ; Hordé entreprend de lui montrer qu’elle confond la lettre et l’esprit. Il pourrait de même s’en prendre aux élus et aux donneurs de subventions. Il préfère leur donner des leçons théoriques et les inviter à pénétrer dans un "impensé politique", ce qui a peu de chance de les changer dans leurs conceptions le plus souvent figées du spectacle et du public.
Les "paradoxes de l'incarnation"
L’auteur traite peu du combat quotidien du directeur de salle, n’aborde les problèmes économiques que de loin, se contentant de rappeler la difficulté de son métier. Du point de vue du titre donné à l’ouvrage, on eût aimé en apprendre plus. Mais Hordé aime s’arc-bouter sur les idées, pour donner du patron une autre image, peu directoriale, que celle qui entoure bien de ses confrères. Le livre aligne de jolies formulations sur le plaisir actuel de partager le théâtre, qui n’est plus tout à fait celui de nos aînés. "Le spectateur engagé que je suis reste étonné, bousculé , dans ses goûts et ses joies, par cette complexité (soit "les paradoxes de l’incarnation" évoqués plus tôt). J’aime l’incarnation mais j’aime la distance : c’est dire sans doute que l’ "engagement" de l’acteur n’est jamais aussi bouleversant que lorsqu’un écart subsiste, celui qui met la "croyance" au loin pour livrer une perplexité plus riche et plus troublante… L’être de l’acteur niche dans cette prudence qu’il expose." Les spectateurs du futur penseront sans doute différemment mais, à l’heure présente, nous sommes souvent de l’avis dérangeant de Jean-Marie Hordé.
Reste à voir si, après une si utile mise en cause des idées reçues, le directeur de la Bastille est toujours en accord avec son programme. N’est-il pas, malgré tout, contraint à quelques concessions ? Défend-il autant le texte et la langue dans son théâtre (où les surprises viennent surtout de la mise en scène) que dans son livre ? On aimerait poursuivre la discussion d’une manière plus chahuteuse et moins discursive, réagir comme à la Bastille, dans une passion plutôt musclée
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