On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Sur le plan politique, il est par exemple étonnant de voir mentionné p. 116 les travaux d’Alexis Carrel, sans la moindre mise en perspective des desseins eugénistes qui animaient ce grand admirateur de la politique nazie . Encore récemment, en janvier 2000 à Lyon, ce n’était pas étonnant que Jean-Michel Dubernard ait fait l’éloge de Carrel après avoir réussi une première double greffe de mains… Par ailleurs, l’auteure ne s’attarde pas non plus sur le marché de la mort, avec les conséquences tragiques que l’on sait de la marchandisation (trafic d’organes, dépistages génétiques pour les compagnies d’assurances etc.). Les mots "capitalisme" et "scientisme" sont d’ailleurs curieusement absents.
Le sujet offrait également un passage intéressant vers l’éthique appliquée au droit, en partant des débats qui ont accompagné la genèse et l’application de la "Loi relative aux droits des malades et à la fin de vie" (loi n° 2005-370 du 22 mars 2005), dite Loi Leonetti. Dès son article 1er, la loi évoque la "prolongation artificielle de la vie", puis dans son article 5, "la dignité du mourant". Ne serait-ce pas là aussi un moyen d’aborder les fondements de la société "postmortelle" ?
Enfin, beaucoup de lecteurs pourront d’eux-mêmes établir les ponts vers la littérature ou le cinéma, qui sont tout à fait absents de l’ouvrage. Le mythe de Faust ou la légende du Golem, tout de même, pourraient mériter quelques pages, si une vingtaine sont dédiées aux cyborgs. Et un film comme Les Ailes du désir de Wien Wenders (1987) n’aurait-il pas en fin de compte plus à nous dire sur la nécessité d’accepter notre conception de mortels, que les propos fumeux des tenants de la cryogénie ?
Comme souvent pour un livre réussi ("stimulant" diraient nos amis anglo-saxons, mais de grâce, ne fâchons pas notre auteure québécoise !), les idées se bousculent au fur et à mesure que les pages se tournent, et l’exposé est on ne peut plus… vivant![]()
3 commentaires
matou
L'approche de l'auteur sur les représentations de la mort semble être très (trop ?) scientifique à mon, goût ...
cybertonton
ML
j'ai peut-être compris ce que tu voulais faire ressortir....