Philosophie
Les Institutions du monde de la vie. Merleau-Ponty et Lacan
Guy-Félix Duportail
Éditeur : Jérôme Millon
Une difficulté analogue se retrouve dans le dernier chapitre, lorsque l'auteur tente de rendre compte de la négativité du symbolique lacanien en l'enracinant dans l' "invisible du visible", dans cette "fission" de la chair dont parle Merleau-Ponty. Mais l'excès du visible sur lui-même suffit-il à fonder une véritable négativité ? Que les deux versants de la chair n'arrivent jamais à coïncider absolument, cela suffit-il à expliquer l'exclusion radicale d'un signifiant hors de la chaîne symbolique ? Et pourquoi cet élément exclu devrait-il forcément s'identifier, comme le veut la doctrine lacanienne, au Nom du
père? Duportail remarque à juste titre que le tourbillon primordial de la chair pourrait bien renvoyer à une "matrice ontologique plus archaïque", à cet archi-espace matriciel et maternel que Platon nommait
chôra . Si c'était le cas, ce ne serait plus vers le "patricentrisme" lacanien qu'il faudrait se tourner, mais vers Kristeva ou Derrida…
Il s'agit en tout cas de questions fondamentales, que ce livre a le grand mérite de laisser ouvertes. L'inventivité conceptuelle des Institutions du monde de la vie en atteste : un dialogue entre la phénoménologie et la psychanalyse est désormais possible et il ouvre de nouveaux chemins à la pensée
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