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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Libertés contre sécurité
[vendredi 28 novembre 2008 - 10:00]
Stratégie, Défense et Sécurité
Couverture ouvrage
Au nom du 11 septembre... Les démocraties à l'épreuve du terrorisme
Didier Bigo, Laurent Bonelli, Thomas Deltombe
Éditeur : La Découverte
413 pages / 21,85 € sur
Résumé : Le premier livre post-11 septembre qui interroge le citoyen et l'histoire, plutôt que de faire dans le sensationnel de comptoir.
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En permettant d’enrôler (au moins intellectuellement) ceux qui ne sont pas directement partie prenante à la GWOT, les récits que nous offrent les médias participent pleinement des dynamiques du conflit, et alimentent les caisses des experts réels ou supposés. Inconnus en l'an 2000, on ne présente plus Antoine Sfeir , Frédéric Encel  ou François Heisbourg . Mais ce serait oublier Roland Jacquard qui multiplie les livres à sensation sur "l'internationale terroriste" , Xavier Raufer qui fait la promotion de son Atlas mondial de l'islam activiste , Alain Bauer qui entre en Sarkozie  ou encore  Guillaume Bigot qui passe du statut d'anonyme à celui de "spécialiste en géopolitique" ... Eh oui, ça se bouscule dans les médias ! Car l'enjeu n'est pas des moindres pour les abonnés des plateau de télé : la plupart de ces pourfendeurs de mahométans barbichus sont des consultants ! Et la logique fonctionne en boucle : publier un livre vous permet de passer dans les médias pour le vendre, ce qui vous permet de faire des conférences (grassement) rémunérées auprès de sociétés qui vous passeront des contrats, ce qui augmentera votre notoriété et vous permettra de passer encore plus à la télé, et ainsi de suite.

Pourtant, les données fiables en matière de terrorisme sont généralement gardées secrètes, et pour cause. Pas étonnant, dès lors, que le propos soit souvent le même, quelque soit l'intervenant, puisque chacun copie sur son voisin pour avoir l'air plus malin. Ainsi du champion en la matière, Eric Denécé  qui produit des rapports sur le développement de l'islam fondamentaliste en France, composés pour majeure partie d'extraits d'autres livres. Peu importe selon lui, l'important reste la médiatisation ! Il a même théorisé la meilleure façon pour y parvenir : être disponible tout le temps, avoir un titre ronflant qui crédibilise, faire des phrases courtes pour permettre de vous couper au montage .

Ceci étant dit, le vrai problème est ailleurs : ce sont souvent les mêmes idées culpabilisantes et liberticides qui sont colportées de livre en plateau télé. Que le langage soit adapté aux seniors ("les métastases du cancer islamiste") ou aux plus jeunes ("les tentacules du virus Al-Qaeda"), chacun est prié de se plier docilement aux contrôles d'identité et aux fouilles aux corps, d'accepter les caméras de surveillance et les scanners dans les aéroports, de jeter sa bouteille d'eau et son sandwich avant de monter dans un avion... "Ainsi se propage, légitimée par les médias de masse, une singulière vision du "réel", inspirée par une idéologie sécuritaire et apocalyptique, où chaque citoyen-spectateur est sommé de combattre l'ennemi chimérique qu'on lui met sous les yeux." 

La morale de l'histoire ? Comme disait Benjamin Franklin : "quiconque sacrifie sa liberté pour plus de sécurité ne mérite et n'aura ni l'une ni l'autre.".
 

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