On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
nonfiction.fr : Que pensez-vous des quatre débats télévisés présidentiels et de leur impact sur le scrutin du 4 novembre ?
Andrew Gelman : Déjà, je crois que s’exprimer en termes de "gagnant" ou de "perdant" pour un débat est trompeur. Il existe des preuves selon lesquelles les électeurs votent en fonction des thèmes et ce qu’ils pensent que les partis vont faire une fois au pouvoir. Je ne crois pas que les débats aient beaucoup de poids sur l’issue du vote, d'ailleurs, même quand les candidats y commettent de petits dérapages, il n'y a pas de conséquence tangible sur le scrutin. Même si, bien sur, ces débats servent à informer les électeurs qui veulent en savoir plus sur le contenu des programmes.
Un collègue politologue avait prévu il y a quelques mois la victoire d’Obama à 53%, en fonction de la situation économique. Celle-ci s’étant depuis dégradée, j’imagine qu’il obtiendra un meilleur score. Au point où nous en sommes, la victoire de McCain me parait improbable. Même il y a un mois, quand il était encore en tête dans les sondages, je ne pensais pas qu’il aurait plus de 50% du vote le 4 novembre.
À ce moment-là, je me suis dit : John McCain dispose de 4 mois pour expliquer à l’Amérique que Barack Obama est un "libéral", ce que les américains n’aiment pas trop ; et Obama, lui, a 4 mois pour expliquer au public que McCain est un vrai républicain, ce que les américains n’aiment pas trop non plus.
nonfiction.fr : Il se peut que le 4 novembre des États traditionnellement rouges passent au bleu (la Virginie, le Wyoming, le Minnesota). Est-ce une nouvelle tendance ?
Andrew Gelman : De façon générale, si Barack Obama gagne de 10 ou même 5 points, c’est toute la carte électorale qui va se déplacer d’un cran. L'opinion publique est un phénomène national donc ce déplacement a lieu dans tous les États en même temps. Mais dans certains États où Bush avait gagné en 2004 à une très large majorité, comme l’Utah ou l’Idaho, même si Obama fait mieux que Kerry, ils resteront rouges – il y aura bien un changement, mais ils auront la même couleur sur la carte.
nonfiction.fr : Pouvez-vous imaginer qu’un jour, un État historiquement républicain mais dont la population s’urbanise, comme le Texas, devienne démocrate ?
Andrew Gelman : Bien sur, d’ailleurs aux élections de 1976 le Texas a soutenu Jimmy Carter, démocrate du sud. À un niveau local, les démocrates peuvent réussir, sachant que les démocrates texans sont plus conservateurs que les démocrates à un niveau national. Tout est possible![]()
* À lire également sur nonfiction.fr :
- Andrew Gelman, Red State, Blue State, Rich State, Poor State (Princeton University Press), par Clémentine Gallot.
3 commentaires
MartinK
François B.
aridji2008