On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le développement des identités nationales dans les premières décennies du XIXe siècle érige bientôt le Parthénon au rang de monument national, incarnation par excellence de l’"âme grecque". Après 1833, les Turcs définitivement chassés, le temple est retiré au culte musulman. Le Parthénon est devenu l’incarnation de la nouvelle nation indépendante, et conserve depuis cette force symbolique : le combat pour le retour des marbres du Parthénon, écho aux accents indignés de Byron, relayé par Melina Mercouri lorsqu’elle était ministre grecque de la Culture dans les années 1980, et sujet diplomatique toujours épineux, en est comme un prolongement jusque dans les époques les plus récentes. Témoignent aussi de cette place du Parthénon dans la conscience grecque, les ambitieux projets de restauration, jusqu’aux réalisations actuellement en cours, faisant du Parthénon un monument encore bien vivant.
Le Parthénon, monument historique
Finalement, François Queyrel, optant pour une monographie complète, étudie le Parthénon comme objet presque biologique, avec une vie, depuis sa naissance jusqu’à notre époque ; il traite pour nous avec rigueur les transformations multiples d’une histoire riche en rebondissements. En ce sens, le Parthénon pourrait être l’exemple même du "monument historique", fait par son concepteur au moins autant que par le regard que les époques qu’il a traversées ont porté sur lui. Le cas du Parthénon abordé par François Queyrel révèle un enrichissement de la notion de "monument" - monumentum, c’est-à-dire ouvrage entretenant le souvenir d’un évènement, d’une personne - dans une dimension temporelle. Monument pour les Athéniens du Ve siècle, pour les connaisseurs de l’Antiquité, pour les curieux de l’époque moderne, pour les touristes du XXIe siècle, le Parthénon a toujours suscité des phénomènes d’appropriation par une collectivité. Ce qui demeure, au terme de cet ouvrage, c’est la permanence du Parthénon à travers les siècles, en tant que monument au puissant pouvoir symbolique, saisie par ceux mêmes qui le dépouillent . C’est toute la subtilité de l’historien conteur, de l’archéologue, de mettre en valeur dans le Parthénon non pas seulement un monument, mais l’idée même de monument. Simple, sobre et concis, François Queyrel adopte ainsi une vision largement patrimoniale du Parthénon, dans un ouvrage touchant presque davantage à l’histoire des monuments historiques qu’à la pure histoire de l’art. Ce point de vue, qui se justifie évidemment par la postérité toute contrastée du Parthénon, est propre à restituer au monument une dimension parfois négligée ou réduite au seul épisode des marbres d’Elgin. Replacés dans le temps long du monument, nous sommes alors à même de constater à quel point nous sommes sensibles à la puissance d’un édifice "toujours en devenir", et qui vient hanter encore et encore la conscience de l’humanité![]()
Aucun commentaire