On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Interrogé par téléphone sur l’ampleur que prenaient les réactions à la mort de Haider, le sociologue Christoph Reinprecht, de l’université de Vienne, s’est dit très choqué par les déclarations de la classe politique, mais aussi par le comportement de bon nombre d’Autrichiens, et pas seulement dans le fief de Haider en Carinthie. "C’est tout le pays qui perd la tête", estime-t-il. Pour lui aussi, ce qui se passe aujourd’hui témoigne plus que jamais de la nécessité d’aborder non seulement le passé de l’Autriche aux côtés des nazis, mais aussi l’austrofascisme des années 30 dont Haider ne serait qu’un prolongement moderne.
Du côté des lettres, cela fait longtemps que la grande Elfriede Jelinek refuse les entretiens et utilise un blog pour diffuser ses textes et ses oeuvres. À cette date, le dernier texte en date étrille Haider (avant sa mort), à l’occasion des propos qu’il a tenus, expliquant vouloir confiner les demandeurs d’asile malades dans un centre spécial (une Sonderanstalt aux relents historiques nauséabonds dans le choix des mots) à 1200m d’altitude, gardé par une milice privée. Son texte est percutant à souhait.
Enfin, avant de boucler ce petit tour d’horizon des réactions dans le monde des idées, il reste à rapporter les propos que nous a confiés Hannes Gellner, réalisateur autrichien qui avait livré en 2005 un imposant Télé Vérité Autriche, huit films de 60 secondes sur huit places névralgiques qui devraient servir au travail de mémoire dont l’Autriche a encore tant besoin. Selon lui, on assiste aujourd’hui à une troisième "phase catastrophique" de l’histoire contemporaine de ce pays : le début des années 1990 était marqué par les propos élogieux de Haider sur le nazisme et la peur qui gagnait l’Autriche à l’ouverture des frontières (pour mémoire, quatre anciens pays du Bloc de l’Est, la Slovénie, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, se sont retrouvés d’un coup aux portes d’un bien petit pays) ; l’année 2000 restera celle de l’arrivée au pouvoir du parti fasciste de Haider, avec les réactions embarrassées en Europe… et la période actuelle restera celle de la "déferlante Haider" qui a envahi l’Autriche, aussi bien dans les médias, dans les sentiments et les opinions que dans l’espace public.
Il faut sans doute vivre en Autriche pour mesurer l’ampleur de ce phénomène. Si l’on se souvient que fin septembre, les électeurs votaient à plus de 28% pour les partis d’extrême-droite (43% chez les hommes de moins de 30 ans !), si l’on considère que la grande coalition tant décriée entre les sociaux-démocrates et les conservateurs est en train de se reformer, que dans bien des domaines, le pays vit une crise morale (un exemple parmi d’autres, une athlète convaincue de dopage est recrutée au LCC Wien pour prendre la place de celui qui avait permis que ce dopage soit découvert)… il ne reste plus qu’à espérer que les intellectuels autrichiens dont les analyses ont été ici rapidement présentées parviendront, selon le mot de Marx, à "transformer" le pays![]()
* À lire également :
- J. Segal, "Kurt Waldheim: un ‘éclaireur’ ?", L'Arche, n°591, juillet 2007.
- M. Gravier, "L’Autriche : entre populisme, social-démocratie et féminisation de la politique", Mouvements, n°35, 2004.
- B. Pätzold, "Un guide au temps des médias", Le Monde diplomatique, décembre 1995.
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