On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cette dernière remarque nous conduit à une question plus générale, de nature déontologique cette fois, soulevée par ce livre. On se demande en effet tout au long de l’ouvrage quel est le Vincent Peillon qui écrit ? Est-ce celui qui se présente comme un "savant" en faisant valoir son pedigree académique ou le "politique" engagé dans la lutte pour le pouvoir au parti socialiste ? On se pose d’ailleurs la question dès la couverture du livre puisque figure sur celle-ci une photographie, un portrait américain en noir et blanc, de l’auteur. Procédé incongru, loin des usages en tout cas, lorsqu’il s’agit d’un essai dit "savant". Procédé plus habituel, en revanche, lorsque l’on a affaire à un livre de responsable politique.
Ce ne serait donc qu’un ouvrage de promotion politique, un de plus. Il y a bel et bien là un hiatus entre le propos du livre et sa manière. Comme si Vincent Peillon se servait de son statut d’homme d’idées, et auprès de la presse, pour mieux vendre son discours et son positionnement au sein du PS. Comme s’il voulait à la fois en devenir l’intellectuel de référence (pourquoi pas ?) et l’un des dirigeants (idem). Mais courir les deux lièvres à la fois suppose une véritable transparence pour qui se livre à un tel exercice, à condition même qu’il soit possible. Un propos intellectuel sérieux et, de là, crédible, suppose une rigueur, voire une certaine austérité qui s’accommode mal et du rythme et des exigences de la vie politique contemporaine, surtout lorsque l’on est en compétition, légitimement, pour les plus hautes fonctions dans son parti voire dans l’appareil d’ É
tat. Il faut donc saluer l’effort mais le replacer à sa juste mesure à la fois comme citoyen, sensible à ce type de démarche, et comme "savant", très circonspect sur le sens d’un tel travail.
On trouve dans l’ambiguïté fondamentale de l’ambition exposée par Vincent Peillon : être à la fois reconnu comme un vrai "savant" et comme un bon "politique", la matrice des défauts, gênants, de cet ouvrage![]()
6 commentaires
A. d'Atger
Procédant par argument d’autorité (citation de la critique de Mona Ozouf, certes, mais quelles autres, puisque l’auteur de cette note invoque le pluriel "des critiques aussi sévères que justes"), formules méprisantes faisant même appel aux vocabulaires zoologique et cormercial ("travaux de seconde main", "pedigree académique", "promotion politique", "vendre son discours"…) et raccourci méthodologique, M. Bouvet finit, tout de même, par nous révéler quel est le véritable objet de sa "gêne" : la photographie ("un portrait américain", c’est tout dire !) de la couverture du livre de M. Peillon, laquelle serait, selon le professeur en sciences politiques, la signature de "l’ambiguïté fondamentale de l’ambition" (il pourrait dire plus franchement : "le double-jeu") du député européen par ailleurs agrégé de philosophie.
En réalité, à lire attentivement ces lignes vengeresses, on cherche en vain la démonstration "rigoureuse" (c'est la méthode préconisée, à juste titre, par M. Bouvet) d’un double manquement du livre de M. Peillon à, premièrement, l’exigence historiographique (l’auteur de "La Révolution française n’est pas terminée" produisant, entre autres faits d’histoire, un nombre respectable de textes significatifs) et à, deuxièmement, la contextualisation socio-historique (M. Peillon est on ne peut plus précis sur les tenants et aboutissants politiques réels, contextualisés, des débats d’idées qu’il ressuscite).
Habituel procès en sorcellerie fait, dans l’Université française, par l’historien au philosophe ? Non, pas seulement. Ce qui est visé, in fine, par la censure outrée de M. Bouvet, c’est le droit de l’Esprit à s’engager pleinement parmi les hommes tout en respectant, d’une part, la nécessité morale de sortir la pensée d’une "austérité" qui sent le caveau, et, d’autre part, la nécessité politique réciproque de porter, par un engagement conséquent, cette élévation de la pensée à hauteur de tous les hommes.
Petite question, en forme de chute : M. Bouvet a-t-il connu quelques déceptions dans sa tentative propre d’engager le "savant" qu’il prétend être dans "la vie politique contemporaine" ? La lecture de sa petite biographie, telle que publiée par nonfiction.fr, pourrait suggérer une réponse positive à cette question et expliquer, malheureusement, cette morgue qui suinte entre les lignes de sa faible critique.