On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le propos extrêmement sévère - et qui pourrait paraître excessif - n’était pas prononcée de manière inconséquente puisque Annliese Nef a participé, le 4 octobre dernier à la Sorbonne, à une critique du livre page après page et quasiment note après note comme l’a rappelé Jean Birnbaum. Pour nuancer ce propos, Dominique Urvoy évoqua tout de même le fait que le mythe d’un Al-Andalus où se seraient établis des contacts entre les différentes civilisations présentes et surtout l’idée que des échanges culturels importants s’étaient opérés entre le royaume musulman et les royaumes chrétiens du Nord de l’Espagne, étaient à nuancer considérablement. Plus que de véritables échanges il y eut surtout une appropriation du savoir musulman par les Occidentaux Par ailleurs, il sembla soutenir Sylvain Gouguenheim de s’en prendre à la doxa - qui aurait été établie par Alain de Libera - de racines arabo-musulmanes de l’Occident.
Ce qui émerge finalement de ce débat est le contraste très important non pas au sein de la communauté historique elle-même (les spécialistes de la période ayant quasi-unanimement critiqué l’aspect non scientifique et donc par là-même non historique de l’ouvrage) mais plutôt entre les historiens et le grand public, qui a accueilli cet ouvrage de manière favorable. Ce contraste nuance donc, d’une certaine façon, l’objectif même des Rendez-vous de l’Histoire de rapprocher histoire scientifique et grand public.
Les Européens
S’agissant des conférences sur le thème des Rendez-vous, la première fut celle du philosophe et historien des idées Tzvetan Todorov sur l’identité européenne. Il insista sur la difficulté de trouver des traits communs à l’ensemble de l’Europe, rappelant également qu’on avait des traits contradictoires lorsqu’on faisait un retour sur l’histoire de l’Europe : l’idée d’égalité venait d’Europe mais l’esclavage était aussi européen, même chose pour le fanatisme et la tolérance. Todorov s’appuya notamment sur le philosophe écossais David Hume et son ouvrage De la naissance et du progrès des arts et des sciences (1742) pour montrer que l’identité européenne résidait dans la pluralité des pays européens, plus que dans des traits communs à tous les pays européens. C’est cette pluralité, selon lui, source des nombreux progrès connus par l’Europe qui lui permirent de se lancer à la conquête du monde et d’être le berceau de la révolution industrielle .
On retrouve par ailleurs cette idée dans deux autres communications. Ainsi Laurent Testot et Christian Grataloup ("1492-1945 : Pourquoi l’Europe s’est-elle imposée au monde ?") expliquèrent que tous les progrès scientifiques européens étaient dus à la concurrence existant entre les différentes entités composant l’Europe aux époques médiévale et moderne, progrès scientifiques qui permirent ensuite la conquête coloniale. Inversement, la Chine, qui connut d’importants progrès jusqu’au XIVe siècle tant qu’elle restait fractionnée politiquement, avait ensuite, après son unification, chassé les marchands et les scientifiques, vus comme des sources de contestation du pouvoir par leurs richesses et leur puissance, et avait donc ainsi "renoncé" à conquérir le monde. Dans le débat "Pourquoi tant de guerres ?" (qui réunissait, comme la plupart des débats organisés à Blois des historiens des quatre grandes périodes historiques), Joël Cornette, spécialiste d’histoire moderne, reprit cette idée de la concurrence étatique comme facteur de progrès scientifiques en insistant sur le domaine militaire, au service duquel l’essentiel de la science se trouvait en France à l’époque de Louis XIV![]()
* À lire également sur nonfiction.fr :
- l'entretien avec Élie Barnavi ;
- l'entretien avec Patrick Boucheron ;
- l'entretien avec Joël Cornette.
8 commentaires
Ludwig Speter
S'agissant de Dominique Urvoy, il a semblé et je maintiens "semblé" revenir sur la "doxa" de De Libbera en revant sur son origine arabe puis son importation par les chercheurs occidentaux mais il n'a pas précisé réellement son opinion sur la question.
La question de la médiocrité ou non du livre de Sylvain Gouguenheim n'était pas en jeu ici, il s'agissait de montrer qu'il ne s'agit pas d'un livre d'histoire, point. Si Patrick Boucheron réalisait un ouvrage historique de mauvaise qualité, un de nos chroniqueurs se chargerait d'en faire la critique sans complaisance. Le problème dépassait ici de loin le problème de la médiocrité ou non de l'ouvrage.
Byzance
Byzance
Sur la deuxième partie nous sommes assez d'accord mais sur la première aussi ? Quelle est la position de Dominique Urvoy sur le sujet ?
Et sincèrement croyez vous que SG ait envie de prendre l'aggressivité de ses contempteurs de front ? S'agirait-il d'un débat ou bien d'un exécution ?
On relèvera sinon que Dominique Urvoy "semble" (s'il semble c'est qu'il le fit ...) s'en prendre à la doxa des de racines arabo-musulmanes de l’Occident. Sur ce point SG est donc loin d'être le seul et il fut "allumé" sur ce thème par Libbera. On attend la même salve germano pratine sur le prochain mauvaus bouquin en provenance de Boucheron et consort .... Chiche !