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La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Olivier Duhamel : "Nos concitoyens adorent élire César, ce qui rend très difficile sinon impossible le passage au primo-ministérialisme"
[vendredi 03 octobre 2008 - 09:00]
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nonfiction.fr : Les évolutions qu'a connues la Ve République tout au long de son histoire, notamment le quinquennat ou la pratique hyper présidentialiste de l'actuel président, constituent-elles des ruptures fondamentales ou de simples adaptations conjoncturelles ? Doit-on parler de la ou des Ve Républiques ?

Olivier Duhamel : Par rapport aux intentions d'une partie des fondateurs de la Ve République, le présidentialisme marque une rupture considérable, mais qui s'est produite d'emblée, puisque le général de Gaulle a imposé l'hégémonie du président et que le contexte de la guerre d'Algérie l'y a aidé. La révision constitutionnelle d'octobre 1962, adoptée contre tous les partis hors le gaulliste, a institutionnalisé cette rupture, la pratique mitterrandienne lors de l'alternance de 1986 l'a entérinée et enracinée, les trois cohabitations l'ont suspendue, le quinquennat et la synchronisation des élections présidentielle et législative rendent de telles parenthèses rarissimes.

 

nonfiction.fr : La Ve République fait figure de régime sui generis. Sa singularité en fait-elle un régime plus efficace et plus légitime que celui des autres démocraties occidentales ?

Olivier Duhamel : Les opinions ne divergent guère sur la spécificité du présidentialisme français, sauf à le comparer avec la Russie poutinienne d'avant Medvedef ou le Venezuela de Chavez, ce qui serait excessif et désobligeant. Disons pour l'efficacité qu'elle est plus grande que dans le parlementarisme de type IVe République, mais pas que dans les autres démocraties majoritaires dirigées par le Premier ministre. Un exemple pour l'attester : une crise du type de celle que nous avons connue avec le CPE n'est guère concevable au Royaume-Uni ou en Allemagne. Quant à la légitimité, force est de constater que les citoyens adhèrent au présidentialisme même s'ils en raillent les excès et se révoltent occasionnellement contre ses bévues.

 

nonfiction.fr : On qualifie généralement la Ve république de régime semi-présidentiel, voire présidentialiste. En ce sens, la réforme constitutionnelle de 2008 était-elle utile ? Souhaitez-vous l'instauration d'une VIe République ? Le cas échéant, que signifierait-elle pour vous ?

Olivier Duhamel : La révision de 2008 était indispensable pour tenter un rééquilibrage des pouvoirs favorable au Parlement, et, sur quelques points, aux citoyens. Elle ne change pas la prédominance du président au sein de l'exécutif. Idéalement, je préfère une démocratie parlementaire dirigée par le Premier ministre, parce qu'il ne peut se targuer d'une investiture personnelle, parce qu'il rend compte en permanence devant le Parlement, bref parce qu'un tel système rompt avec le césarisme français. Mais nos concitoyens adorent élire César, ce qui rend très difficile sinon impossible le passage au primo-ministérialisme.

 

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2 commentaires

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mediapol

30/04/09 12:32
bienheureux les eleves de sciences po
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Tucroy

03/10/08 17:22
Et s’il ne s’agissait que d’une byzantine querelle de constitutionnalistes ?
Tout évolue, en permanence et de ce seul fait se complexifie.
Pourquoi chaque évolution marquante devrait-elle être soumise à numérotation ? Ne s’agit-il pas là d’un signe de résistance au changement, combiné avec un cartésianisme qui veut que tout soit rangé et étiqueté.
Lorsque des mutations de régime nient l’existence même de la République, comme l’exercice du pouvoir par l’envahisseur, ce à quoi conduisirent les pouvoirs napoléoniens et la défaite de 1940, sa restauration doit être hautement proclamée, en même temps qu’une nouvelle constitution cherche à la garantir des excès –ou des insuffisances– dont elle vient d’être victime. Mais il ne semble pas indispensable d’aller au-delà du toilettage et de l’actualisation, lorsque le changement ne fait que traduire une évolution justement permise par la constitution en vigueur et qui démontre ainsi sa validité.

Quant à « la situation de François Fillon … toujours aussi compliquée que celle de ses prédécesseurs ! » il serait intéressant d’entendre l’intéressé s’exprimer à ce sujet, plutôt qu’un tiers, fut-il constitutionnaliste

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