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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Le sombre éclat de l'obsidienne
[dimanche 05 octobre 2008 - 05:00]
Musiques
Couverture ouvrage
Rock'n'roll, un portrait de Led Zeppelin
François Bon
Éditeur : Albin Michel
384 pages / 19 € sur
Résumé : Fort de ses imperfections, le portrait sincère et juste d'un groupe de rock et d'une génération.
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Ascension et désintégration


Le groupe, dont les membres sont déjà parvenus à une certaine maturité musicale, construit une musique nouvelle fondée sur une véritable architecture sonore, une lourdeur assumée jusque dans le nom. On mesure pourtant à quel point, dans le fourmillement du Londres des années 60, les styles aujourd’hui cloisonnés pouvaient cohabiter, voire fusionner – John Paul Jones a produit le Hurdy Gurdy Man de Donovan, François Bon nous montre un Page fasciné par Joan Baez et Joni Mitchell.

Les albums s’élaborent souvent à partir de blues des vieux maîtres, Willie Dixon  ou Sonny Boy Williamson. Dès le troisième et le quatrième album, cette veine s’enrichit d’une inspiration plus acoustique, tirant vers les légendes nordiques (Immigrant Song, Stairway to heaven), puis l’orientalisme (le majestueux Kashmir).

Page et Jones utilisent à plein les possibilités des studios, qu’ils connaissent parfaitement pour y avoir passé plusieurs années, jouant les utilités pour les musiciens de passage  et, parfois, assurant les parties de guitare de groupes renommés dont la technique est encore incertaine . Si les albums sont des succès immédiats, c’est pourtant à travers les tournées que Led Zeppelin s’impose à l’Amérique et au monde. Après plusieurs années au sommet – jusqu’en 1975 – viendront les ennuis judiciaires, les tragédies et l’explosion en vol, en 1980.


Close-up


C’est donc un véritable portrait de groupe que dresse François Bon, qui les a découverts sur scène, adolescent, lors d’un concert à Earl’s Court en 1975. Flash-backs, flash-forwards, inserts de coupures de presse ou d’invitations, rythment un récit dense, touffu, regorgeant de détails techniques sur la façon particulière qu’a Bonham d’arranger sa batterie, sur les guitares de Page, sur l’enregistrement, décrivant le rythme effarant des concerts, la sauvagerie aussi des excès.

François Bon ne recherche pas l’anecdote – bien que le groupe en ait fourni un stock appréciable à la presse rock  – s’abstient de tout jugement définitif, ne s’autorise pas de faire la part des choses envers un groupe qu’il a aimé, et continue d’aimer, sans mesure.

On trouvera par exemple un "Entracte nécessaire : vie fabuleuse de Peter Grant". "Ou plutôt : vie édifiante de Peter Grant. Ou bien : poème pour Peter Grant. Mon chant pour Peter Grant, que je n’ai jamais vu ni connu." Le style est impétueux, parfois heurté, parsemé de sautes et d’écarts d’écriture qui peuvent laisser perplexe. L’auteur cite abondamment les membres du groupe et les textes des chansons en anglais, en proposant une traduction très libre, voire par endroits nettement fautive – à dessein ? Du moins le croyons-nous.

L’imperfection semble en effet un parti pris, un refus des écueils jumeaux que sont le regard "esthète" – et Led Zeppelin n’a jamais beaucoup plu aux esthètes du rock – et une "écriture rock" qui prétendrait restituer le mouvement de la musique mais sombre en général dans les tics . Ainsi, pas une fois François Bon n’utilisera le diminutif de Led Zep, pourtant passé dans l’usage courant, comme pour se tenir à une distance respectueuse. Avec toutes ses imperfections parfois agaçantes ou déroutantes, grâce à une candeur assumée, l’écriture atteint donc une forme de sincérité brute, particulièrement sensible dans le récit du viol d’une journaliste par Bonham et plusieurs membres de l’entourage du groupe . La naissance, à travers Led Zeppelin, d’un style nouveau, bien que né aux sources du blues le plus traditionnel, n’intéresse pas tant l’auteur que la concentration dans cette musique d’une époque ("à l’endroit du plus grand désordre du monde"), l’épuisement progressif que provoquent les tournées et le cirque qui les entoure, et en creux, ce vers quoi cette débauche d’énergie peut tendre. Il ne reste sans doute pas grand-chose de cet élan, sinon une musique qui, après Robert Johnson, Elvis, les Stones, les Who, avant le punk, a su retrouver la pulsion originelle. Après les Rolling Stones et Dylan, François Bon dessine ainsi en négatif, à travers Led Zeppelin, le portrait sans artifices ni regrets d’une jeunesse.



 
 

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1 commentaire

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Blondie

13/10/08 10:46
Un livre comme une visite guidée dans les méandres des origines de la culture rock, au coeur du Blues... Un livre qui donne envie de réecouter chaque album, de revivre la transe de la première écoute de Whole Lotta love et sa claque monumentale.... Merci François Bon.

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