On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
nonfiction.fr : Le tabou de Hitler commence à être brisé en Allemagne, notamment au travers de films tels que La Chute ou Mon Führer ? En tant qu’historien, qu'en pensez-vous ?
Ian Kershaw : C'est un bon signe je pense, un signe que les Allemands n'oublieront jamais cette période de l'histoire. Il y a assez de travaux sérieux qui paraissent traitant de cette question, le thème est présent dans les médias, donc ce n'est pas comme si c'était balayé et ignoré et c'est plutôt bien de voir qu'il y a maintenant une façon décomplexée de regarder Hitler sans relativiser ses crimes, ni réduire son rôle afin de comprendre ce qui s'est passé. Quant à Mein Führer , cette idée d'un film qui se rit d'Hitler nous fait remonter à Charlie Chaplin, le Dictateur en 1940 et je pense que c'est plutôt un bon signe que les Allemands soient capables de se moquer d'Hitler.
Donc globalement, je suis plutôt bien disposé envers ces films. Pour La Chute , j'ai écrit une critique dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung à l'époque et j'avais trouvé que c'était un très bon film. Bien sûr il y a beaucoup d'éléments qui ne sont pas historiquement avérés mais c'est un film grand public et c'est ainsi qu'il faut le voir, les films grand public déforment la réalité pour améliorer la dramaturgie. C'est ce qui est arrivé avec La Chute. J'ai eu l'expérience assez étrange de le voir dans un cinéma vide de Manchester car le producteur, Bert Aischinger, m'avait demandé de voir ce film et d'écrire cette critique. Il m'a demandé ce que j'en pensais, je lui ai répondu : "génial en tant que film mais pas en tant qu'Histoire". Je pense qu’il faut l'accepter comme un film. Bien sûr ça influence le spectateur : plusieurs millions de gens qui n'ont jamais lu de biographie d'Hitler ou même de livre d'histoire du tout ont vu ce film. Ce film fait des choix, évidemment, c'est un zoom sur Hitler, cela se concentre sur le bunker et des gens ont dit, ainsi que beaucoup de critiques allemands, que ça ne parlait pas des autres choses qui étaient arrivées. Mais c'est un film et ça concentre un certain nombre de choses, pourquoi pas?
nonfiction.fr : Est ce que ce film a eu du succès en Grande Bretagne? J'ai lu que la moitié des femmes britanniques ne savaient pas ce qu'était Auschwitz.
Ian Kershaw : Je ne peux pas réellement croire que 50% des jeunes femmes n'ont jamais entendu parlé d'Auschwitz car par exemple il y a 3 ans, lors de l'anniversaire de la libération d'Auschwitz, c'était sur toutes les télévisions, dans tous les lieux publics. Les écoles enseignent cette période, au point que les gens aujourd'hui disent que c'est trop ; il y a une exposition permanente sur la Shoah au musée impérial de la guerre à Londres et des programmes réguliers à la télévision, donc je crois qu'il faudrait être aveugle ou sourd pour éviter ce sujet. Mais je me souviens que j'allais à un studio de télévision à Manchester pour l'anniversaire de la libération d'Auschwitz et le chauffeur de taxi m'a demandé ce que j'allais faire. Je lui ai répondu que c'était une interview sur la libération d'Auschwitz, il m'a dit "Auschwitz ?" et je lui ai répondu que c'était lié à l'holocauste, et il a dit "holocauste ?". Mais il était d'origine musulmane et ce n'est peut-être pas central dans leur culture je suppose. Mais en règle générale, je dirais qu'il y a une connaissance assez large sur le sujet aujourd'hui, bien plus que ça n'a été le cas. Donc je pense que les gens qui ne savent rien de cela ont choisi de ne rien savoir ou bien ce sont des enfants qui sont trop jeunes pour comprendre de quoi il s'agit![]()
* Propos recueillis à Paris, le mardi 9 septembre 2008.
* Ian Kershaw, Hitler, Flammarion, 32€
* À lire également sur nonfiction.fr :
- la critique du livre de Saul Friedländer, Les années d'extermination. L'Allemagne nazie et les Juifs (1939-1945) (Seuil), par Jérôme Segal.
- la critique du livre de Peter Longerich, Nous ne savions pas. Les Allemands et la Solution finale (Héloïse d'Ormesson), par Anne Pédron.
- la critique du Journal d'Hélène Berr (Tallandier), par François Quinton.
- la critique du livre de Gerhard Botz, Nationalsozialismus in Wien. Machtübernahme, Herrschaftssicherung, Radikalisierung – 1938/39 (Mandelbaum), par Jérôme Segal.
- la critique du livre dirigé par Michel Cullin et Primavera Driessen-Gruber, Douce France? Musik-Exil in Frankreich / Musiciens en Exil en France 1933-1945 (Böhlau), par Jérôme Segal.
- la critique du livre de Daphné Bolz, Les Arènes totalitaires. Hitler, Mussolini et les jeux du stade (CNRS), par Emmanuelle Loyer.
5 commentaires
anonyme
ali
hitler un vengeur de francais oué pk tuer des enfants qui en rien fait j suis dsl mais c bizzare
marsouille
Anonyme
Anonyme