Du Folk Art aux culture wars
[mardi 23 septembre 2008 - 11:00]
Politique culturelle
Arts, Inc.: How Greed and Neglect Have Destroyed Our Cultural Rights
Bill Ivey
Éditeur : University of California Press
342 pages
Le livre de Bill Ivey nous aide à comprendre la culture de ce président hors norme et nous aide à décrypter l’Amérique culturelle. Il est écrit d’une manière quelque peu laborieuse, sans style, ni génie, mais il est le récit de l’intérieur d’un homme honnête qui tente de comprendre ce qui marche et ce qui ne marche pas aux États-Unis. Ivey a voulu être un acteur du système et l’a été ; mais comme chez nous un Jean-Jacques Aillagon ou une Catherine Trautmann, il a été en charge trop tôt ou trop tard de la politique culturelle et s’est retrouvé
has been avant d’avoir pu réformer quoi que ce soit. Que s’est-il passé ? Et nous revoici revenus à
Arts, inc.
La théorie centrale de Bill Ivey
c’est que la politique culturelle se joue de moins en moins dans les secteurs “publics” ou à “but non lucratif” mais dans l’articulation de ceux-ci avec le marché. Et pendant qu’il perdait son temps à la tête d’une agence qui tentait de financer les musées ou les bibliothèques, les questions majeures se jouaient en matière de
copyright avec
Disney, en matière de régulation audiovisuelle au Congrès, en matière de concentration de multinationales de l’
entertainment à Wall Street, en matière de télécommunications loin des sphères culturelles, sans parler de l’avenir du disque et du livre qui se jouait loin de tous dans la Sillicon Valley avec le numérique. Autrement dit, la politique culturelle qui a tellement préoccupé Ivey n’avait qu’une importance mineure par rapport aux industries culturelles dont les décisions affectaient autrement plus les citoyens américains, et ceux du monde.
"L’art et la culture constituent une voie vers une meilleure qualité de vie qui ne peut se résumer à des produits que l’on achète" prévient Ivey, passé du clintonisme au guévarisme. Dans son livre, le voici qui propose donc de multiples solutions en matière de protection intellectuelle, d’éducation artistique à l’école, de soutien à la diversité culturelle etc. Paradoxalement, il défend la création d’un véritable ministère de la Culture américain qui, certes, pourrait centraliser les questions qui ne font l’objet d’aucune coordination en Amérique, mais qui en même temps ne résoudrait guère les maux que Ivey décrit avec justesse.
En 2001, Ivey a démissionné avec l’arrivée de George W. Bush, laissant sa mission inachevée. Comme tant d’autres avant lui, il continue aujourd’hui de faire de la politique par d’autres moyens en créant un centre de politique culturelle à l’université Vanderbilt à Nashville (opportunément baptisé "
Curb Center for Art, Enterprise and Public Policy"), et en publiant aujourd’hui ce livre.
L’ouvrage inégal et peu accessible à un Européen (il est trop américain pour cela) nous apporte néanmoins une argumentation précieuse. Dans un monde marqué par la télévision digitale, l’
iPod,
YouTube et
Amazon, les enjeux de la culture se sont déplacés et les priorités ont changé. Une politique culturelle sérieuse doit prendre en compte sérieusement les industries culturelles et pour pouvoir les réguler, ne pas se contenter de les rejeter ; elle doit penser la culture de masse et ne pas se limiter à la culture de l’élite ; elle doit imaginer la culture à l’heure digitale, quand des pans entiers de notre culture basculent dans le numérique, au lieu de vouloir seulement les en protéger ou les en préserver ; elle doit à l’heure de la mondialisation s’ouvrir à la diversité culturelle réelle au lieu de défendre un discours strictement incantatoire et d’être en réalité au service de la culture nationale. À son corps défendant, et en dépit d’une critique sévère mais juste du système américain, Bill Ivey nous montre que les Américains ont une longueur d’avance sur les Européens sur toutes ces questions
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