Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Les parents, fossoyeurs ou victimes de l’école ?
[mercredi 17 septembre 2008 - 15:00]
Education
Couverture ouvrage
Des parents dans l’école
Martine Kherroubi
Éditeur : Erès
224 pages
Education
Couverture ouvrage
L’école et ses stratèges
Pierre Gombert
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Résumé : Deux ouvrages parus ces derniers mois témoignent de la difficulté de relations équilibrées entre les parents et l’école.  
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Comment se rapprocher de ces parents "qu’on ne voit jamais" ?

Sous la direction de Martine Kherroubi en effet, des chercheurs ont analysé plusieurs projets d’implication des parents dans des écoles primaires, projets retenus par la Fondation de France après appel d’offre et sélection. L’idée sous-jacente de tels projets est bien évidemment d’établir de meilleures relations entre les parents et l’école afin que les élèves en tirent quelques profits dans leur apprentissage. Il s’agit en particulier d’éviter que seuls les parents déjà familiers de la culture scolaire, à savoir généralement les classes moyennes et supérieures, ne soient ceux qui "s’occupent" de ce qui se passe dans l’école.
Ou encore de réduire la coupure entre les parents qui sont "toujours là" (dans les conseils d’école, lors des kermesses ou dans les rencontres avec les enseignants) et ceux "qu’on ne voit jamais".


Si l’attention aux effets de l’origine sociale des parents est donc également présente, l’analyse se veut plus large et fonctionne souvent comme une observation des relations triangulaires entre les parents, les enseignants et une catégorie d’acteurs plus engagés dans la coopération, qui peuvent être soit des parents (délégués, responsables associatifs…) ou des enseignants (directeurs d’école par exemple).

Premier constat, les projets retenus recouvrent plus souvent des politiques d’établissement générales qui créent un "climat" relationnel favorable entre parents et enseignants, que des dispositifs précis, concrétisés dans des formes qu’on pourrait dupliquer d’une école à l’autre. La plupart du temps, le directeur ou la directrice d’école joue un rôle clé dans les relations entre l’école et les parents, en "jonglant" entre la logique du monde enseignant et la logique parentale.

Du côté des enseignants, l’implication des parents revêt d’abord un intérêt comme moyen de conforter la logique scolaire en y faisant "adhérer" la famille. Une grande partie d’entre eux estime nécessaire que l’école puisse influencer le comportement des parents pour qu’un enfant aie une scolarité réussie, tant en matière de soutien aux apprentissages (encadrement du travail scolaire) que de comportement ou de motivation. En fait, il s’agit de permettre que l’espace familial soit propice aux modes d’éducations scolaires.

Néanmoins, les chercheurs notent aussi que seuls des parents déjà bien investis dans la scolarité de leur enfant profitent d’éventuels dispositifs visant à les aider à mieux intervenir dans la scolarité (soutien à la lecture au domicile par exemple). De même, il est rare que les coopérations qui se développent n’effacent la distance entre les parents souvent présents à l’école et ceux qui s’en remettent à elle sans vraiment y chercher de participation (avec souvent un sentiment d’incompétence sociale vis-à-vis de l’institution).

Les projets examinés ont d’ailleurs permis de remarquer qu’il ne faut pas trop escompter d’un resserrement des liens entre parents et école un effet de "pacification" des rapports sociaux, notamment entre enseignants et parents "critiques". Ces derniers, souvent issus des classes moyennes et supérieures, sont généralement les plus présents à l’école, et leur capacité "critique" ne provient pas de leur distance mais au contraire de leur familiarité avec la culture scolaire. A contrario, les parents "silencieux" font "confiance" à une institution dont ils sont culturellement plutôt éloignés.

La catégorie "parents d’élèves" est aussi une étiquette encore plus incertaine que celle d’enseignant. On observe déjà que l’appellation "parent d’élève" est spontanément associée, notamment par les "autres" parents, à certaines modalités d’implication (souvent institutionnelles) à l’école, comme celles de délégué élu au conseil d’école ou d’animateur d’association. Quand aux dits "délégués", ils réfutent souvent l’idée qu’ils "représentent" tous les autres parents, et se sentent parfois plus proches des enseignants que de leurs "mandants" !


En fait, les groupes qui fonctionnent comme réseaux de sociabilité, où se tissent des liens et s’échangent des services (activités en commun, retour des enfants après l’école prise en charge, dépannage-garderie, etc.) sont des groupes de parents avant d’être des groupes de parents d’élèves.


Nombreux sont aussi les parents d’élèves qui cherchent avant tout, à travers les relations "collectives" nouées avec l’école, une relation individuelle à l’enseignant de leur enfant. Pour eux, l’enseignant reste l’informateur privilégié sur l’univers scolaire et la priorité est toujours donnée à une relation individualisée et personnalisée plutôt qu’au système représentatif.

On tire de ce recueil, parfois un peu hétérogène, de témoignages et d’expériences, le sentiment que c’est moins en travaillent sur les modes de relation qu’on améliorera les rapports entre école et parents, qu’en réduisant d’abord la distance entre la culture familiale et une culture scolaire inquiétante dont les enseignants semblent apparaître parfois, à leur corps défendant, comme les seuls démiurges.


 

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