On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans un article publié ce jour dans Libération on pourra lire un intéressant plaidoyer de Philippe Lançon pour l'écrivain Georges Bernanos, auquel s'en sont pris récemment Jean-Paul Enthoven et Alexandre Adler ("héroïques chasseurs mondains d'antisémites") en le présentant, selon le journaliste passionné, comme la "bonne à tout faire de l’antisémitisme". De quoi s'agit-il ? Tout simplement de ne pas ramener l'existence d'un homme à quelques phrases (notamment celle-ci : "Ce mot [antisémite] me fait de plus en plus horreur, Hitler l’a déshonoré à jamais."). Car en effet, "Rien n’est donc plus aisé - ni plus vain - que de le condamner soixante-quatre ans plus tard. Il suffit d’oublier l’essentiel : la masse des autres articles, de ses essais, le sens général de son combat antivichyssois et antitotalitaire ; de réduire, en somme, la vie d’un écrivain mort en 1948 à quelques phrases, sans chercher à expliquer d’où elles viennent - non pour les justifier, mais pour le comprendre, lui." Voilà donc à quoi s'attache, dans ce texte, l'admirateur de Bernanos qui a aussi cette phrase : "Il abandonna l’art romanesque pour mener, essais après articles, sa lutte contre la dégradation française et l’Europe fasciste. Il le fit selon sa perspective catholique, royaliste, antiprogressiste ; mais il le fit absolument." On ne rajoutera à son propos qu'un conseil de lecture : l'incisif et bouleversant Scandale de la vérité, paru en 1939 chez Gallimard![]()
* Philippe Lançon, "Bernanos et les bien-pensants", Libération, 02.09.2008
1 commentaire
jsc
Ajoutons à ceci que tout un pan de la pensée de Bernanos, ô combien "d'actualité" en dépit de sa relégation calomnieuse dans la prétendue "idéologie française", a été, est, et sera probablement toujours occultée : à savoir sa dénonciation incessante de la Technique totalitaire, broyeuse de toute civilisation humaine et dont le totalitarisme nazi n'était pour lui qu'une variante. Soit une vision étonnant proche, malgré l'antinomie apparente de leur écriture respective, de celle d'un autre infréquentable de la même époque, Martin Heidegger. A lire : "La liberté pour quoi faire ?"
"Il s'agit de savoir si la technique disposera corps et âmes des hommes à venir, si elle décidera, par exemple, non seulement de leur vie et de leur mort, mais des circonstances de leur vie, comme le technicien de l'élevage de lapins dispose des lapins de son clapier" Bernanos.