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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Cette tâche que la gauche se devait d'assumer dès 1968
[vendredi 22 août 2008 - 17:00]

La crise de la social-démocratie est patente depuis de nombreuses années, du fait de la difficulté qu'a la gauche à trouver des voies qui lui soient propres dans un monde globalisé où l'économie de marché règne en maître. Faut-il s'adapter au risque de se trahir ou bien rester fidèle à son héritage au risque de paraître désuet ? Ce dilemne reste dominant, en France où il n'a jamais été véritablement été tranché, mais aussi dans d'autres pays européens, comme en Allemagne, où après les années Schröder et celles de coalition avec le CDU d'Angela Merkel, le SPD souhaite revenir vers une base plus sociale en n'excluant plus totalement un rapprochement avec Die Linke.

À lire l'éditorialiste du Guardian, Martin Kettle, il semblerait que l'origine de ce questionnement remonte à 1968, avec la répression du Printemps de Prague, et que le tort de la gauche est de ne pas alors avoir su se rendre compte que cet événement rendait les anciennes données politiques illisibles et nécessitait que l'on trace de nouvelles voies. Alors que la Russie procède à l'invasion de la Géorgie, nous ne devons pas nous contenter de souligner la signification géostratégique du 21 août 1968 et la répétition du réveil des ambitions russes, nous devons également percevoir la portée politique de cette date.

S'appuyant sur les analyses de Tony Judt, Martin Kettle rappelle que les réformes initiées par Dubček mettaient réellement en jeu la possibilité d'une troisième voie alliant projets socialistes, visées collectives avec la démocratie et les libertés individuelles : le "socialisme à visage humain" n'était pas un simple effet de rhétorique. L'échec de cette tentative avec l'arrivée des chars russes dans la capitale tchèque signifia donc, pour l'éditorialiste, "la confirmation de la sentence de mort du communisme" : "la génération qui protesta en 1968 fut celle qui renversa le système soviétique 21 ans plus tard".

L'erreur de la gauche est, selon Martin Kettle, de ne pas avoir su tenir compte de cette "éclipse du socialisme" et de ne pas avoir su faire face à ce qui se présentait alors à elle comme un défi : s'éloigner de l'héritage de la Révolution française, et non pas seulement de sa variante soviétique, pour proposer un programme progressiste moderne, conscient de la réalité de l'histoire et à même d'arracher un large soutien de la part de la population.

 

Martin Kettle, "40 years on, the left is yet to grasp the eclipse of socialism", The Guardian, 22.08.08

 

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5 commentaires

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Bob

25/08/08 13:41
L'argument absurde de Kettle consiste à dire 1) puisque l'URSS stalinienne a écrasé le socialisme démocratique hongrois, cela prouve que ce socialisme démocratique était impossible 2) cet écrasement par les staliniens de toute tentative de réforme aurait dû conduire la gauche démocratique à s'éloigner de l'héritage de la révolution française. Etrange logique.
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Bastien Engelbach

25/08/08 11:35
A aucun moment n'est ici affirmée l'idée selon laquelle la gauche aurait été tout entière stalinienne. Il y a bien évidemment toute une portion de la gauche qui a refusé le stalinisme et qui l'a vivement critiqué. Une fois encore, l'idée de Martin Kettle, que l'on peut discuter, est de dire que, y compris pour les gauches occidentales, la répression du Printemps de Prague aurait du sonner comme un avertissement à comprendre qu'il fallait se donner de nouveaux horizons : selon Martin Kettle, la gauche opposée au stalinisme n'en restait pas moins liée à un même héritage. Mais héritage commun ne veut pas dire compréhension identique de celui-ci et n'empêche pas les oppositions.

Je renvoie également à l'article de Jiri Pehe paru dans le New York Times : http://www.nytimes.com/2008/08/24/opinion/24pehe.html?partner=rssnyt&emc=rss. Celui-ci y explique bien que la répression a ébranlé également l'euro-communisme, simplement parce qu'elle montrait la difficulté à envisager une réforme du modèle soviétique. Il renvoie également au débat entre Milan Kundera et Vaclav Havel, et mentionne que 1989 semble avoir donné raison à ce dernier : y a triomphé l'évolution vers le modèle des démocraties libérales.

En résumé, l'argument de Martin Kettle n'est pas de dire que la gauche était stalinienne, mais de dire que ce qui s'est passé aurait dû l'inciter à repenser ses fondements et ses perspectives, en tenant compte de ces événements et de leur enseignement. Nul n'est obligé d'avoir la même lecture, mais il ne faut pas voir dans ces arguments ce qui ne s'y trouve pas.
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Bob

25/08/08 10:28
La réponse de Monsieur Engelbach me confirme dans ma première opinion. Tout se passe comme si la "gauche" avait été une, c'est-à-dire indubitablement du côté du stalinisme. Il s'agit d'un révisionnisme du pire acabit. Les premiers et les plus grands critiques du stalinisme ont été le fait de socialistes! Il y a quand même eu une rupture fondamentale au sein du mouvement ouvrier en 1919-1921. C'est une insulte à tous les socialistes anti-stalinistes que de prétendre de manière pontifiante que la "gauche" aurait été du côté de l'URSS.

Quant à réduire la "révolution française" à la question de la violence comme moyen politique cela témoigne effectivement d'une méconnaissance crasse de l'histoire. Elle est l'antienne reprise par tous les réactionnaires depuis deux siècles.
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Bastien Engelbach

25/08/08 09:38
Cher Bob,

merci de votre contribution au débat.

Permettez-moi tout d'abord d'insister sur le fait que le présent article est une "revue de presse", une présentation synthétique d'un autre article, dont nous estimons à la rédaction qu'il peut contribuer au débat d'idées.

En l'occurence, cet article de Martin Kettle revient sur la répression du Printemps de Prague, et sur les échos contemporains qu'on peut lui trouver, sur le plan géostratégique aussi bien que politique.

Je n'ignore pas que Dubcek proposait une alternative au fonctionnement soviétique, en inaugurant une sorte de troisième voie, conciliant socialisme et respect de libertés individuelles, sans rentrer pour autant dans une logique de marché (cf. article "Prague, quarante ans après").

La conclusion que tire Martin Kettle de l'échec de ce mouvement est qu'il aurait alors été nécessaire pour la gauche de reconsidérer son héritage et ses perspectives. La répression est pour lui l'indice de l'impossibilité de réformer le système soviétique. Ce pourquoi il faut se défaire selon lui de ce dont elle aussi l'héritière : la Révolution française, dans un refus qui est aussi un refus de la violence. Non pas nier celle-ci, mais être capable de se donner d'autres horizons.

Il est bien sûr permis de remettre en cause certains points de cette argumentation, notamment le fait que l'échec du Printemps de Prague n'est pas le fait du mouvement initié par Dubcek mais de la violence soviétique qui y a mis un terme, ainsi que l'idée selon laquelle l'URSS se rattacherait à l'héritage de la Révolution française, à l'égard de laquelle elle avait un rapport complexe, n'y voyant un temps que le fait de la bourgeoisie.

Mais une fois encore, l'important est de discuter et de débattre. L'article de Martin Kettle a le mérite d'initier une réflexion, et c'est en ce sens qu'il peut être intéressant de le relater.
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Bob

25/08/08 08:10
Si ce monsieur Engelbach avait un minimum d'éducation historique et politique, il se serait évité le ridicule d'écrire un tel tissu d'inepties. Dubcek et les réformateurs hongrois s'opposaient à Moscou, au nom même du socialisme. En quoi cela aurait-il dû conduire la gauche non-stalinienne à s'éloigner de l'héritage de la révolution française?

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