Nietzsche et la musique, 1 : commentaire décomposé
[jeudi 21 août 2008 - 15:00]
Musiques
L'esthétique musicale de Nietzsche
Éric Dufour
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
344 pages
Il est à craindre que la volonté de faire de
Manfred-Meditation une sorte de "
Sous-Tristan", suivant le
leitmotiv de l’indétermination tonale ait "conduit" Éric Dufour à bien des égarements. Pourtant, il écrit : "L’analyse de
Tristan, mais aussi celle de
Manfred-Meditation, pièce qui s’est révélée être une illustration de la conception développée dans
La Naissance de la tragédie, nous ont permis de mieux comprendre les caractéristiques de la musique dionysiaque et leur sens esthétique et philosophique."
Mieux : non content de faire preuve d’une musicalité surprenante de la part d’un auteur qui se targue d’apporter pour la première fois les analyses musicales qui faisaient défaut à tous les commentaires antérieurs, Éric Dufour ne manque pas une occasion de dénoncer leurs infortunés auteurs.
Elégance, probité, pertinence, tels sont les incontestables mérites d’un ouvrage où l’on apprend bien des choses encore : que "la musique, comme on l’a vu, n’est pas pour Nietzsche dans le temps"
; que "la septième diminuée n’assume pas le passé et ne pose aucune direction par rapport à laquelle le présent pourrait s’instituer comme tel en faisant advenir un futur", et plus précisément qu’elle apparaît "comme l’élément qui fait de la phrase musicale un énoncé hypothétique d’autant plus aporétique que, alors que toute question formulée dans notre langage ordinaire implique quelque chose quant à ce qu’il faut chercher et quant à la manière dont nous devons le chercher, la septième diminuée apparaît comme le fait d’interroger en général, sans même poser une question déterminée"
; que de manière générale "la musique wagnérienne refuse de construire une totalité harmonique, mélodique et rythmique nécessairement finie"
.
Selon l’auteur de L’esthétique musicale de Nietzsche, "Nietzsche ne cesse de revenir sur un unique thème : comment un discours sur la musique est-il possible ?"
Qu’elle intéresse Nietzsche ou non, il semble qu’Éric Dufour n’ait pas suffisamment médité cette question.
* À lire également sur nonfiction.fr :
La critique du livre de Florence Fabre,
Nietzsche musicien. La musique et son ombre (PUR).
Nietzsche possédé par le "démon de la musique", inspirateur de ses œuvres musicales comme de sa pensée, de son style, de ses livres. Par Julien Brun.
8 commentaires
yann
Notre éminent philosophe aurait-il oublié ses cours de logique ?
Gonzague
Bien d'accord sur la critique faite à la conception d'Eric Dufour dans le prélude de Tristan une tonalité indéterminée.
Pour le reste je préfère me vautrer dans les mélismes dionysiaques de cette musique sans malheureusement connaître la partition de Manfred Meditation.
Bravo en tout cas!
Charles