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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
L’exil français
La dernière partie évoque les difficultés de l’après-guerre : le départ contraint après l’exécution d’un proche ou face aux menaces ; l’exil que l’on pense provisoire ; la traversée vers la France ; l’organisation du départ des harkis par leurs officiers. Et pour certains, la volonté de rester malgré tout, après 1962, jusqu’à ce que le gouvernement algérien nationalise les entreprises et en limoge le personnel européen, ou "algérianise" les postes de fonctionnaires et d’instituteurs.
Pour la plupart des pieds-noirs qui n’avaient pas eu le temps d’emporter grand-chose, l’arrivée en France fut catastrophique : accueil par la Croix-Rouge, refus de plusieurs mairies comme Marseille de les accueillir, hostilité des métropolitains qui les regardaient comme des nantis, ou parfois comme des musulmans. Les familles retrouvent alors le statut d’immigrés qui avait été le leur lors de l’installation en Algérie. Beaucoup doivent tout reconstruire, y compris un cadre de vie ; la petite ville de Carnoux, en Provence, fut créée pour et par les pieds-noirs.
Plusieurs témoignages de harkis rapportent les conditions déplorables d’hygiène dans les camps prétendument provisoires où ils furent rassemblés.
Le dernier chapitre éclaire de sa lumière particulière tous les autres : les Français d’Algérie interrogés y définissent ce qu’est l’Algérie pour eux. Tous la voient comme leur terre, là où sont enterrés leurs ancêtres, et y projettent l’image d’une cohabitation harmonieuse. D’où la nécessité, pour beaucoup, de se couler dans une identité culturelle particulière, imposée par les métropolitains (qu’eux-mêmes appelaient les patos, par référence à la démarche pataude des soldats français débarqués pendant la guerre d’Algérie), mais assumée et développée dans le cadre d’associations. Car la particularité des pieds-noirs est qu’ils appartiennent à une ou deux générations, mais qu’ils ne peuvent transmettre à leurs enfants que leur mémoire, dont la migration et la communauté sont deux traits essentiels.
L’ouvrage de D. Fargues s’inscrit résolument dans ce processus d’entretien d’une mémoire menacée par la mort des témoins. Il n’évoque qu’incidemment les opérations militaires ou l’OAS, occulte la problématique de la torture et des méthodes de lutte de l’armée française, passe sur les inégalités juridiques entre les Européens et les "indigènes". Pour autant, il ne s’agit pas d’une attitude complaisante face à la colonisation ; la politique colonialiste de la France n’est pas le sujet d’étude de ce livre qui vise à donner la parole à des femmes et des hommes pris dans cette politique et ses conséquences.
Ces témoignages partiels nous rappellent que l’Histoire est faite de destinées individuelles tout autant que collectives, de chair, de sang et de souvenirs. Ils constituent des sources pour l’historien, mais ne doivent pas être pris comme un récit historique. Et l’auteur le précise bien. ![]()
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