Rédacteur

Critique ''at large''

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
L’Afrique, dernière province de l’Empire du milieu ?
[lundi 18 août 2008 - 00:05]
Afrique-Maghreb
Couverture ouvrage
La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir
Michel Beuret, Serge Michel, Paolo Woods
Éditeur : Grasset
222 pages
Résumé : ► COUP DE COEUR NONFICTION : Pékin va-t-il remplacer l’Occident auprès du continent Noir ? Près d’un million de Chinois en Afrique, bientôt 100 milliards de dollars d’échanges bilatéraux, des infrastructures construites et offertes dans des temps records…
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Perspectives

C’est une autre des qualités de ce livre que de ne pas chercher à juger, à alarmer, ou à simplifier. La réflexion finale sur les perspectives de cette aventure est donc nuancée et contrastée.

Au crédit de la Chine : son implication durable et l’ampleur des investissements ; la construction effective d’infrastructures durables ("Les Congolais nous disent souvent qu’ils auraient préféré être colonisés par la Chine que par la France, affirme Philippe Zang (…). Les Français n’ont rien fait pour ce pays, pas de routes, pas d’usines, rien. Si c’était les Chinois qui étaient venus, cette plage aurait été bordée de grattes-ciels") ; la recherche de formes de développement Sud-Sud ; la construction d’une influence essentiellement pacifique et commerçante.

Au débit : une stratégie de développement fondée sur la contradiction des (rares) accès de courage de l’Occident et sur le rapprochement systématique avec les États condamnés pour leurs entorses aux droits de l’homme ; une entrée rapide dans le jeu pas très propre (mais déjà pratiqué par l’Occident) des ventes d’armes, du trafic d’armes, de la corruption de certaines élites ; un irrespect de l’environnement qui finit pas introduire en Afrique les mêmes terribles problèmes que ceux qui sont aujourd’hui rencontrés en Chine ; et l’impression d’une grande difficulté à nouer de véritables échanges culturels.

L’avenir des relations Chine-Afrique ? Difficile à prédire. Au vu de ces pages, on peut s’attendre à des relations durables et à un développement important. Mais il semble aussi que ces mouvements chinois aient éveillé soit l’inquiétude soit l’intérêt de l’Occident et qu’ils suscitent en retour de nouveaux investissements. Il semble aussi que les élites africaines, qui ont quand même la mémoire du colonialisme bien présente à l’esprit, aient appris à ne dépendre de personne et à diversifier les alliances et les soutiens.
Le plus inquiétant est sans doute la petite musique qui traverse subtilement l’ensemble de l’ouvrage et qui donne le sentiment d’une immense ambition chinoise pour prendre un leadership dans les affaires d’une grande partie du monde - en s’appuyant sur des moyens considérables -, et d’une ferme résolution des États-Unis et de leurs alliés d’empêcher ce développement. Le scénario de la guerre militaire est visiblement très présent dans de nombreuses chancelleries.

Sera-t-il possible, sur un continent qui a avec l’Europe une relation privilégiée et qui s’engage à son tour dans un hyper développement économique d’inventer de nouvelles manières de gérer l’affrontement des candidats à l’hyperpuissance ? C’est une question à laquelle un reportage d’un an, quelle qu’en soit la qualité, ne saurait répondre….


* À lire également sur nonfiction.fr : la critique de La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir, par Stanislas Kraland, de LeCourant.info.
 

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