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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le chevalier des idées
[lundi 28 juillet 2008 - 14:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Charles Péguy. Une humanité française
Arnaud Teyssier
Éditeur : Perrin
Résumé : Une exigeante biographie d'un écrivain intransigeant.
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La passion de la vérité

"J’aimerais mieux rater ma carrière que de mettre, soit dans un concours, soit dans une composition d’entrée à Normale, une opinion qui ne soit pas la mienne" écrivait Péguy en 1891. Cette phrase permet de mieux saisir l’originalité de ses choix. Ce qui peut apparaître comme des incohérences ne sont qu’une fidélité à lui-même et à ses convictions : la lutte contre la faiblesse, la défense de la morale et de la justice, la passion pour la vérité.

Péguy ne veut adhérer à aucune doctrine ou idéologie. En 1900, il explique ainsi la fondation des Cahiers de la quinzaine : "Il était entendu que nous ne formerions jamais une école, mais que nous resterions une compagnie d’hommes libres." Perpétuellement au bord du dépôt de bilan et contre toute logique commerciale, Péguy maintiendra envers et contre tout cette idée en publiant les textes les plus anticonformistes : Romain Rolland, André Suarès, Daniel Halévy… L’unité de la pensée de Péguy est par conséquent dans son goût de la liberté.

Passer d’un socialisme humaniste à un patriotisme mystique n’est pas contradictoire. S’il rompt son amitié avec Jaurès c’est qu’il ne se reconnaît plus dans l’unité socialiste de 1905. S’il aime la République, il refuse le radicalisme combiste qui la dégrade. Défenseur infatigable du capitaine Dreyfus, il se bat pour la justice jusqu’à la réhabilitation. C’est pour lui un enjeu moral (et donc de vérité) bien plus que politique. Il n’en devient pas pour autant antimilitariste et s’engage avec conviction dans la lutte contre le péril allemand.

Mais la synthèse est difficile à réaliser et la liberté à un coût. Il perd tous ses amis et n’obtient jamais la reconnaissance de son travail. Dans son chapitre conclusif, Arnaud Teyssier résume ainsi la vie de Péguy : "Sa liberté fut tout entière dans la production d’idées, puis la création poétique. Il connaissait l’esprit du siècle, mais n’entendait pas s’y soumettre : il voulait au contraire le dominer. C’est le sens des Cahiers : il fallait à Péguy une tribune dont il puisse conserver la maîtrise absolue – ce qui ne l’empêchait pas de publier de belles œuvres originales écrites par d’autres. Il lui fallait saisir le monde de toute son énergie créatrice." Péguy est mort comme il a vécu : debout.


"Je suis toujours sur deux plans"

La qualité de l’essai d’Arnaud Teyssier tient dans la subtilité avec laquelle il expose la vie de Charles Péguy. Il exonère son œuvre des interprétations anachroniques de fascisme (un excellent chapitre appelé "Péguy après Péguy" est consacré à sa fortune littéraire). Il ne procède à aucune interprétation psychologique hasardeuse. Il s’en tient aux faits et aux écrits. Il ne lui témoigne pour autant aucune complaisance. Péguy y est décrit comme narcissique, autoritaire, dominateur. Il n‘exclut ni les innombrables brouilles ni l’intransigeance quotidienne qu’il applique aux autres comme à lui-même.

Arnaud Teyssier rend compte avec beaucoup de précision les contradictions qui ont perpétuellement traversé la vie de Charles Péguy sans pourtant jamais remettre en cause l’unité de sa pensée. "Je suis toujours sur deux plans". Cette phrase de Péguy est la colonne vertébrale de l’ouvrage. Elle est la clé pour comprendre l’énigme d’un homme qui a vécu à la frontière de deux mondes.

Dans son introduction, Arnaud Teyssier énonce clairement son ambition : écrire la vie de l’homme Péguy et non celle de son œuvre. On peut toutefois regretter la quasi-absence d’extraits de l’œuvre de Charles Péguy et par conséquent d’analyse littéraire. Malgré cela, il parvient à l’essentiel : donner l’envie à son lecteur de lire ou relire la prose et la poésie d’un des écrivains les plus singuliers du XXe siècle.

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