Rédacteur

Chercheur et écrivain

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Nuit de sommeil littéraire
[vendredi 25 juillet 2008 - 10:00]
Littérature
Couverture ouvrage
L'écrivain, le sommeil et les rêves. 1800-1945
Fanny Déchanet-Platz
Éditeur : Gallimard
Résumé : Fanny Déchanet-Platz s'intéresse à l'expérience nocturne et à ses représentations littéraires.
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Le second reproche que l’on pourrait faire à la structure "nocturne", c’est de mettre en valeur plus "les correspondances" que les "divergences" entre littérature et science et par conséquent de ne pas mettre toujours pleinement donner tout son relief, ou de le faire trop tardivement, au sujet essentiel du livre qui est bien la "spécificité" de l’approche littéraire du sommeil et du rêve par rapport à une approche qui serait simplement descriptive. Et si la littérature s’empare de cette dimension nocturne de l’existence, l’auteur montre par ailleurs très justement que c’est parce qu’elle reconnaît dans le "rêve artiste" une certaine image d’elle-même et qu’elle y poursuit, par là même ses propres fins. Au fond, ce que raconte l’ouvrage aussi, en nous racontant cette nuit, c’est aussi la manière dont la littérature accède à elle-même, depuis la manière "nocturne" dont l’inspiration lui vient jusqu’à la tentative d’en ressaisir le "trésor perdu" dans le moment du réveil (et de fait le chapitre consacré au réveil est presque entièrement consacré à des réflexions poétiques et théoriques). Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que sur chemin, la littérature s’écarte parfois singulièrement des considérations raisonnables de la science : depuis la conviction romantique que l’endormissement est une initiation et l’occasion d’une "lecture supra-lucide" du monde jusqu’à l’affirmation du "génie onirique" du surréalisme qui fait de chaque homme un poète en puissance, et du rêve la source vive de toute littérature, en passant par la "muse nocturne" revendiquée par Proust, on a l’impression que la spécificité de l’approche littéraire du sommeil et du rêve n’est jamais que sa propre spécificité qu’elle métaphorise encore et toujours, faisant de la nuit et des ses phénomènes, comme le rappelle l’auteur, une "muse essentielle".

Mais cette spécificité "inspirée" est tout aussi paradoxale que le sommeil qui la provoque. Car ce qui définit ce monde nocturne c’est précisément, la difficulté non seulement à s’en souvenir mais encore à en "transcrire verbalement" l’expérience, "car le rêve semble s’écrire dans une langue étrangère." Ce qui caractérise alors la littérature, si elle ne veut pas faire son deuil de ce "trésor perdu" et souhaite en conjurer la perte (c’est la définition astucieuse que Fanny Déchanet-Platz donne en passant du fantastique), c’est un double effort à la fois de reconstruction du sens et de mise en forme, auquel l’auteur consacre la dernière partie de son livre. Rêve simplement noté, rêve institué en poème par la magie d’un titre, rêve recomposé en récit et inséré lui-même dans un récit plus vaste où il fonctionne comme un adjuvant, les formes ne manquent qui tentent de faire de la matière la plus labile qui soit une expérience partageable et interprétable, quitte à aller parfois vers une surdétermination allégorique ou mythique - ou psychanalytique - du sens plutôt que vers le trouble incommunicable de l’expérience onirique. Cette artificialisation n’est au demeurant pas la seule : sans s’y attarder, Fanny Déchanet-Platz note par exemple à propos de Pierre-Jean Jouve, le fait troublant que le récit du rêve soit souvent au présent quand ce temps ne saurait être que rétrospectif. Comment alors, au vu de cette imposture bien naturelle, rejeter vraiment ceux qui, parmi les rêves littéraires, souhaitent simplement "faire onirique", comme l’auteur le fait par ailleurs ? Le critère du rêve personnel de l’écrivain n’étant pas toujours vérifiable, et ce rêve étant lui-même l’objet de constantes réélaborations, la frontière qui sépare le rêve composé du rêve recomposé, la fiction onirique de l’onirisme fictif devient mince sinon imperceptible, et il n’y pas de rêve littéraire qui ne soit fait en plus ou moins grande partie de ce "faire onirique". Et peut-être qu’au fond compte moins le "trésor perdu" que celui, bien différent peut-être, que la littérature "retrouve" en recherchant le premier.

Le livre constitue en tout cas une base de départ riche et utile pour qui voudrait explorer les enjeux du rêve dans la modernité littéraire, et, éventuellement prolonger l’interrogation dans d’autres directions : par exemple, celle que l’auteur aborde indirectement en évoquant la dimension de moins en moins religieuse des rêves ou les bouleversements dus à l’expérience de la déportation, de la modification éventuelle des contenus, des formes et des modèles du rêve dans la période étudiée qui n’a certainement pas été, par la violence et la succession mutations propres, sans impact sur le psychisme.

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1 commentaire

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pierre

28/07/08 12:30
roles de l'ecrivain

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