Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un destin brisé et accompli
[jeudi 24 juillet 2008 - 11:00]
Spectacle vivant
Couverture ouvrage
Le roman de Jean-Luc Lagarce
Jean-Pierre Thibaudat
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
410 pages
Résumé : La vie tortueuse de Jean-Luc Lagarce dans une biographie fouillée.
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L’énorme Journal de Lagarce conte tout cela. Mais la biographie de Thibaudat, par l’addition des témoignages et leur mise en perspective, va plus loin. Elle met les pieds dans les notes de lecture, les annotations qui ont jugé, souvent cruellement, ce mal-aimé. C’est entrer dans une cuisine souterraine mais c’est une œuvre de justice : à Théâtre Ouvert, Micheline et Lucien Attoun ont parfois mis une mauvaise note à certains grands textes de Lagarce, ont refusé de les éditer dans leur collection mais ce sont eux qui l’ont fait connaître, soutenu, mis à l’affiche. Cournot, le grand Michel Cournot, qui nous a quittés l’an dernier et qui fut un observateur extra-lucide, salua l’auteur à ses débuts mais ne le comprit pas ensuite. Le directeur du Festival d’automne, Alain Crombecque, refusa une pièce avec des mots offensants, pour le regretter plus tard.

Dure existence, en effet, où les amours ont été plus furtives que vivaces. Thibaudat trace un portrait d’ombre et de lumière, de souffrance méprisée et d’humour victorieux ! Lagarce était un homme assez tranquille, si l’on met de côté sa vie très intime. Ce géant squelettique (1, 89 mètre) se partageait entre Besançon et Paris, lisait Libération, allait beaucoup au cinéma, aimait Berlin. Le reste du temps, il écrivait et s’occupait de la Roulotte. Il fit aussi de la vidéo (deux films).

Thibaudat n’a pas voulu prendre connaissance de tout le Journal intime, on ne sait pas très bien pourquoi, sans doute pour ne pas toucher à ce qui relève de la vie trop privée. Mais il a exploré d’autres pistes et fait parler tous ceux qui pouvaient donner leurs souvenirs et leur vision de Lagarce. Voilà ainsi le destin, cassé mais renouvelé par notre admiration tardive, d’un homme qui, aimant Duras, Ionesco, Guibert, Kafka, inventa son propre langage en parlant de la vie de province et de la vie de théâtre. Son œuvre est un jeu de reconstruction du dialogue et de nos images de la société. La biographie met en lumière le labyrinthe douloureux et rieur de l’architecte.

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