Histoire
Une épuration allemande. La RDA en procès 1949-2004
Guillaume Mouralis
Éditeur : Fayard
428 pages
De fait, les principales violations des droits de l’homme en RDA tiennent d’abord à la restriction de la liberté d’expression et de circulation. Le régime est-allemand n’eut pas recours à la terreur de masse, et le meurtre politique ciblé y est resté rare. En revanche, de 1961 à 1989, environ 300 personnes sont mortes en tentant de franchir la frontière entre les deux Allemagne. Près de 200 000 personnes furent en outre emprisonnées pour des raisons politiques entre 1949 et 1989, parfois pour de longues années. A cela, il faut ajouter les "mesures de déstabilisation psychologique" pratiquées par la Stasi qui, faute de catégorisation pénale adéquate, furent rarement punies par les tribunaux, alors que de nombreuses victimes eurent à souffrir durablement des conséquences de ce harcèlement.
Au total, au-delà des cas les plus médiatisés, comme ceux des anciens secrétaires généraux du SED, Erich Honecker
et Egon Krenz, c’est près de 110 000 personnes qui furent l’objet d’informations judiciaires. Parmi elles, 1% furent inculpées et 1500 effectivement condamnées, un nombre en apparence limité, mais considérable si on le compare aux autres ex-pays communistes, ou même aux procédures intentées contre les criminels nazis.
Juger le présent à la lumière du passé
L’épuration post-communiste trouve en effet ses racines aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. L’unité allemande était inscrite dans la constitution de la RFA, qui affirmait sa prétention à représenter l’ensemble du "peuple allemand". Un droit pénal de guerre froide fut mis en place dès 1951, afin de pouvoir punir les agents de l’appareil d’État est-allemand, dont certains avaient trouvé refuge en RFA et qui furent poursuivis pour "dénonciation politique" ou "enlèvement". Depuis 1949, l’État et la justice ouest-allemande avaient entamé le recensement des violations des droits de l’homme en RDA par le biais notamment de l’agence judiciaire de Salzgitter, spécifiquement dédiée à cette tâche, et calquée sur l’agence judiciaire de Ludwigsburg, chargée d’enquêter sur les crimes nazis.
La comparaison avec les procès des crimes national-socialiste n’a cessé d’alimenter la rhétorique des procès de l’ère post-communiste. Alors que les accusés, à la suite d’Erich Honecker, reprochaient à leurs juges, dont la majorité avait pris part aux procédures menées à l’encontre des criminels nazis, d’exercer "une justice de vainqueur", les magistrats, de même que les responsables ouest-allemands, entendaient bien "tirer les leçons" des "erreurs" du passé, c’est-à-dire l’incapacité à punir les crimes nazis, en refusant de "passer l’éponge" sur les crimes communistes. Pourtant, comme le souligne Mouralis, "au regard du nombre et de la nature des crimes commis en RDA, les tribunaux de l’Allemagne unifiée furent, proportionnellement, nettement plus sévères à l’égard des agents de l’État est-allemand que vis-à-vis des serviteurs du régime national-socialiste" (p. 319).
Paradoxalement, si les procédures judiciaires étaient radicalisées, la politique commémorative du passé est-allemand restait en retrait par rapport à celle du nazisme. En l’absence d’un véritable travail historique et pédagogique sur la réalité de la dictature du SED, l’"ostalgie", cette nostalgie de la vie quotidienne dans l’ex-RDA, s’est développée, entretenue par la multiplication des lieux de souvenir. Le travail d’
Aufklärung, de mise en lumière du passé, se poursuit néanmoins pour des millions d’ex-Allemands de l’Est, au niveau individuel, par la consultation, aux archives de la Stasi, du dossier éventuellement constitué sur leur "cas."
La vie des autres après
Good Bye Lenin !
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