On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le stade de l’extase postélectoral est révolu depuis longtemps, et le président de la République est désormais en conflit plus ou moins ouvert avec un nombre croissant de médias. Après s'être révélée lors du vote de la loi sur la protection des sources et l'ambiance pour le moins tendue qui l'entourait, cette lutte sans merci (ni bonjour, en tout cas à France 3 !) se cristallise aujourd’hui principalement autour de la question épineuse du financement de la télévision publique. Dans la presse, sur les ondes ou les écrans, les positions des journalistes, forcément concernés par le chamboulement d’un pan important du paysage médiatique français, vont généralement de la neutralité polie à la réponse (un peu) plus virulente. En tout cas, l'avenir de l'audiovisuel public engendre bien des inquiétudes.
Alors, quand le président de la République décide qu’il nommera personnellement le président de France Télévisions, une nouvelle prérogative accordée à l'exécutif, prétendument encadrée , il est prévisible que certains crient au scandale.
C’est ce qu’a fait l’actuel patron du groupe de la télévision publique. Après avoir menacé de démissionner s’il n’obtenait pas des garanties financières, Patrick de Carolis a en effet vilipendé la façon dont le chef d’État concevait France Télévisions dans une interview ayant fait grand bruit: "Lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision de service public et les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela stupide, et je trouve cela injuste." Le bras de fer entre de Carolis et le pouvoir venait à peine de débuter que déjà les noms de ses successeurs potentiels se multipliaient.
Stupeur et tremblements
Les relations entre les journalistes et le président de la République ont toujours été tumultueuses, faites d'une sorte de mélange explosif d’admiration, d’exaspération et surtout d’intérêt partagé : les médias sont nécessaires à Nicolas Sarkozy, et le Président est un sujet d'actualité à lui tout seul, il "fait vendre". La différence, c’est que ces rapports d'amour vache s’extirpent aujourd’hui de la futilité de quelques polémiques personnalisées stériles pour couvrir finalement le champ d’une réflexion beaucoup plus large : l’avenir d’un ample pan de la démocratie citoyenne, à travers la pérennité du service audiovisuel public. Si la modernisation de l’audiovisuel public bénéficie d’un large consensus, l’écueil provient des moyens qui seront mis en œuvre à cette fin. Passé l’effet de surprise, la suppression de la publicité, annoncée avec fracas le 8 janvier par Nicolas Sarkozy, avait provoqué pas mal d’espoir mais également beaucoup de tensions chez les acteurs de l’audiovisuel public. Ces derniers ne sont toujours pas rassurés. La suppression de la publicité a beau être une "vieille idée de gauche" sortie des fonds de tiroir, elle reste une bonne idée, mais seulement si elle s’accompagne de ressources supplémentaires. Or, de l’avis des dirigeants de France Télévision, les garanties manquent.
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